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Septembre, le mois du Hérisson : à la rencontre de notre voisin à piquants

Publié le 11 septembre 2026 par Ludivine Leite

Lorsque la nuit tombe, si vous ouvrez l’œil, vous pouvez parfois apercevoir une petite silhouette dans l’obscurité, au fond de votre jardin. Si c’est le cas, ouvrez l’œil et prenez le temps d’observer un des animaux les plus discrets de votre jardin ! En septembre, c’est le mois du Hérisson et Picardie Nature vous invite à observer, comprendre et agir pour la protection de cette petite boule piquante !


Qui se cache derrière ses piquants ?

Le Hérisson d’Europe (Erinaceus europaeus) est un mammifère essentiellement nocturne et solitaire. A la tombée de la nuit, il quitte son nid pour parcourir son environnement à la recherche de nourriture. Son régime alimentaire est principalement constitué de petits invertébrés : vers de terre, coléoptères, chenilles, escargots et limaces, auxquels peuvent s’ajouter d’autres proies selon les ressources disponibles. Son alimentation est d’ailleurs plus opportuniste que celle d’un véritable chasseur spécialisé : il profite avant tout des ressources disponibles dans son environnement. En plus des invertébrés qui constituent une part importante de son alimentation, il peut consommer occasionnellement de petits rongeurs, des amphibiens, des œufs d’oiseaux nichant au sol, ainsi que certains fruits ou graines.

Des analyses récentes de son régime alimentaire montrent d’ailleurs une grande diversité de proies consommées.

Le Hérisson ne reste pas forcément dans un seul jardin. Pour se nourrir et trouver des abris, il se déplace entre différents espaces. Les haies, les jardins, les prairies et les zones végétalisées constituent ainsi des éléments importants de son habitat. Des études menées en milieu urbain montrent notamment que les clôtures et autres barrières peuvent fragmenter ces espaces et compliquer ses déplacements.

Derrière cette silhouette facilement reconnaissable se cache un petit mammifère dont le corps mesure généralement entre 18 et 30 centimètres. À l’âge adulte, son dos porte plusieurs milliers de piquants, qui sont en réalité des poils transformés, constitués de kératine, comme nos cheveux et nos ongles. Ils sont régulièrement renouvelés. Lorsqu’il se sent menacé, le Hérisson peut contracter les muscles situés sous son manteau et autour de sa tête afin de se mettre en boule. Il peut alors rester ainsi pendant plusieurs heures, avant de se déployer rapidement lorsque le danger est passé.

Son odorat joue également un rôle essentiel dans sa vie quotidienne. Il l’utilise notamment pour localiser sa nourriture, identifier ses congénères, repérer certains dangers et se situer dans son environnement. Ce sens est particulièrement performant : le Hérisson est même capable de détecter une larve enfouie à plusieurs centimètres sous la surface du sol.

Le Hérisson est aussi un marcheur plus assidu qu’on ne pourrait le croire. Certains individus peuvent parcourir plusieurs kilomètres au cours d’une seule nuit, à la recherche de nourriture ou pour rejoindre différents lieux de refuge. Il est également capable de franchir certains obstacles, de grimper sur de petites clôtures ou de se faufiler dans des passages particulièrement étroits.

Pourquoi le mois de septembre est-il un mois important ?

Cette période est particulièrement intéressante pour observer l’espèce. Les jeunes de l’année deviennent progressivement indépendants pour, comme les adultes, se préparer à l’hiver. Avant l’hibernation, le Hérisson doit constituer suffisamment de réserves énergétiques et trouver un emplacement adapté pour son nid.

Celui-ci peut être construit sous la végétation, dans des tas de feuilles ou d’autres endroits offrant une bonne protection.

Le calendrier du Hérisson dépend toutefois des conditions météorologiques et de la région. Son activité se concentre principalement entre le printemps et l’automne, avant une période d’hibernation dont la durée peut varier. Durant cette période, son organisme ralentit fortement : sa température corporelle diminue et son rythme cardiaque ainsi que sa respiration deviennent beaucoup plus lents. Cette stratégie lui permet de réduire considérablement ses dépenses énergétiques lorsque la nourriture se fait rare.

Le Hérisson ne dort cependant pas nécessairement tout l’hiver sans interruption. Un redoux, une modification de son abri, une perturbation ou encore la recherche de nourriture peuvent provoquer une sortie temporaire. Ces réveils ont néanmoins un coût important, car l’animal doit alors puiser dans les réserves de graisse accumulées avant l’hiver. C’est pourquoi un hérisson qui hiberne doit être laissé au calme.

Le mois de septembre correspond également à une période importante du cycle de reproduction : la naissance de la dernière portée de l’année (qui n’est pas systématique) et la recherche active de nourriture avant l’hiver.

Après la sortie d’hibernation, les mâles parcourent parfois de longues distances à la recherche de femelles et plusieurs mâles peuvent entrer en compétition pour accéder à une partenaire. La gestation dure un peu plus d’un mois et une femelle peut avoir une ou deux portées au cours d’une année. Une portée compte généralement quelques petits, mais le nombre peut être plus important.

À leur naissance, les jeunes sont très vulnérables : ils sont aveugles et leur peau est encore dépourvue de la coloration définitive de leurs piquants. Ceux-ci apparaissent très rapidement après la naissance, puis évoluent au cours des premières heures et des premiers jours. Les petits restent dépendants de leur mère plusieurs semaines avant de pouvoir sortir du nid et devenir progressivement autonomes.

Quelles sont les menaces pesant sur le Hérisson ?

Mais le Hérisson est aujourd’hui confronté à de nombreuses pressions. La fragmentation des habitats, l’intensification agricole, les routes, les pesticides et différents accidents liés aux activités humaines peuvent affecter les populations. En 2024, l’UICN a ainsi classé le Hérisson d’Europe comme « quasi menacé » à l’échelle mondiale.

En France, il est important de rester prudent sur l’état exact des populations : les données disponibles ne permettent pas encore de mesurer précisément leur évolution à l’échelle nationale. C’est justement l’une des raisons pour lesquelles les programmes de recensement sont utiles. Les observations permettent progressivement de mieux connaître la répartition de l’espèce, les secteurs où elle est présente et l’importance de certaines causes de mortalité, notamment les collisions routières.

Le Hérisson bénéficie par ailleurs d’une protection réglementaire en France. Il est protégé depuis 1981 et relève notamment de l’article L411-1 du Code de l’environnement. Cette protection concerne l’animal mais également ses lieux de reproduction et ses zones de repos : il est donc interdit de les détruire ou de les dégrader dans les conditions prévues par la réglementation.

Le Hérisson possède enfin un intérêt particulier pour la conservation de la biodiversité. Il est considéré comme une espèce parapluie : préserver les milieux dont il dépend peut également profiter à de nombreuses autres espèces qui partagent son habitat. Il peut aussi jouer un rôle d’espèce sentinelle, car les perturbations et pollutions de son environnement peuvent affecter sa santé et signaler une dégradation plus générale du milieu.

Comment agir pour protéger les hérissons ?

On peut tous faire des petits gestes au quotidien pour protéger ces boules piquantes et il n’y a même pas besoin d’avoir un grand jardin pour cela ! Alors voici quelques gestes simples à mettre en place :

-> Laissez de la place à la nature : une partie de la végétation de votre jardin peut rester spontanée, ce qui va fournir des ressources alimentaires et des possibilités d’abri pour le Hérisson. Laisser quelques zones moins entretenues permet notamment de conserver des feuilles, des brindilles et d’autres matières végétales dont le Hérisson peut se servir pour construire son nid. Cette végétation favorise aussi la présence d’invertébrés qui constituent une partie importante de son alimentation.

-> Préservez les haies, feuilles mortes et tas de végétaux : ces éléments peuvent constituer des refuges particulièrement utiles, notamment avant et pendant l’hiver. Les haies champêtres offrent à la fois un abri et une continuité végétale intéressante pour les déplacements. Un simple tas de branches, de bois ou de feuilles peut également devenir un refuge pour la petite faune. Il vaut donc mieux éviter de supprimer systématiquement ces éléments du jardin.

-> Facilitez les déplacements du Hérisson : un jardin complètement clôturé reste difficile d’accès. De préférence, laissez des passages au pied des clôtures pour reconnecter les jardins entre eux. Des travaux scientifiques soulignent l’importance de cette connectivité pour les hérissons urbains. Créer de petites ouvertures dans les clôtures, les grillages ou certains murets permet de relier plusieurs espaces verts et de faciliter les déplacements de la petite faune. Cette continuité est particulièrement intéressante lorsque les jardins voisins sont eux-mêmes favorables à la biodiversité.

-> Évitez bien sûr les pesticides : insecticides, molluscicides et rodenticides peuvent réduire les ressources alimentaires du Hérisson ou l’exposer directement à des substances toxiques ! Proscrire les produits chimiques permet donc de préserver à la fois le Hérisson et les organismes dont il se nourrit. Un jardin riche en insectes, en vers et autres invertébrés constitue en effet une source de nourriture naturelle bien plus intéressante qu’un espace où ces espèces ont été éliminées.

-> Soyez attentifs lors des travaux de jardinage : avant de déplacer un tas de végétaux, tondre une zone très dense ou intervenir dans un refuge potentiel, vérifiez qu’un hérisson ne s’y trouve pas. Une vigilance particulière est également nécessaire avant de débroussailler, retourner un compost, déplacer un tas de bois ou intervenir sur une haie. Ces opérations peuvent déranger ou blesser un animal caché, voire une femelle accompagnée de ses petits.

-> Un peu d’eau peut aussi lui être utile, notamment lors des périodes chaudes. Si vous installez une coupelle, choisissez-la peu profonde, placez-la à l’ombre et renouvelez l’eau quotidiennement. Un petit caillou ou une branche disposée à l’intérieur permet aux insectes et aux petits animaux qui tomberaient dans l’eau d’en ressortir.

Attention toutefois au nourrissage systématique. Donner régulièrement de la nourriture à un hérisson sauvage peut entraîner des déséquilibres alimentaires, favoriser son habituation à l’être humain et modifier certains de ses comportements. Le lait et le pain sont notamment à proscrire ! Pour favoriser durablement l’espèce, le meilleur réflexe reste donc de rendre le jardin suffisamment riche en biodiversité pour qu’elle puisse y trouver naturellement ses ressources.

Et si vous découvrez un hérisson en plein jour, pas de panique : cette situation ne signifie pas forcément que l’animal est en difficulté. Il peut avoir été dérangé, changer d’abri ou chercher de la nourriture. En revanche, s’il paraît amorphe, peu réactif, blessé ou fortement infesté de parasites ou de mouches, il est préférable de contacter rapidement un centre de soins de la faune sauvage.

À vous de jouer : Picardie Nature a besoin de vous !

Le mois du Hérisson est aussi une opération de sciences participatives. En 2025, l’enquête menée par Picardie Nature en septembre et octobre avait permis de recueillir 235 observations dans Clicnat, dont 152 via la plateforme destinée au grand public.

Alors, ce mois-ci, lors d’une promenade nocturne ou depuis votre fenêtre, tendez l’oreille et regardez autour de vous. Un bruissement dans les feuilles pourrait être le signe qu’un hérisson n’est pas très loin ! Votre observation peut être précieuse : signalez-la dans Clicnat et participez vous aussi au mois du Hérisson !

Au-delà de Clicnat, l’Opération Hérisson de France Nature Environnement repose elle aussi sur la participation du public. Elle permet de signaler des hérissons vivants ou morts et de documenter leur présence dans différents types de milieux. Les informations recueillies peuvent contribuer à mieux comprendre la répartition de l’espèce et à identifier les secteurs où la mortalité routière constitue un problème important.

Pour participer, il n’est pas nécessaire d’être un expert en Hérisson ! Une simple observation peut être renseignée à partir d’informations simples comme la date, l’heure, le lieu précis, le type de milieu et le nombre d’animaux observés. Une photographie peut compléter le signalement, mais elle n’est pas indispensable.

Observer un hérisson, c’est donc bien plus que croiser un petit animal au détour d’un jardin : chaque observation peut contribuer à mieux connaître cette espèce familière mais encore insuffisamment documentée en France.

Ambre Lagarde

Crédits photos des hérissons d’Europe : Denis Boys, Denis Boys, Jean-Luc Hercent, Kockl18, Philippe Caruette, Ralphs_Fotos, Bruno Tondelier, Congerdesign.

Bibliographie

  • Gazzard, Abigail & Baker, Philip J. (2020). « Patterns of Feeding by Householders Affect Activity of Hedgehogs
  • (Erinaceus europaeus) during the Hibernation Period ». Animals, vol. 10, n°8, article 1344.
  • Rasmussen Sophie L., Berg Thomas B., Dabelsteen Torben & Jones, Owen R. (2019). « The ecology of suburban
  • juvenile European hedgehogs (Erinaceus europaeus) in Denmark ». Ecology and Evolution, vol. 9, n°23, p. 13174– 13187.
  • Doncaster C. Patrick, Rondinini Carlo & Johnson Paul C. D. (2001). « Field test for environmental correlates of dispersal in hedgehogs Erinaceus europaeus ». Journal of Animal Ecology, vol. 70, n°1, p. 33–46.
  • Huijser, Marcel P. & Bergers, Paul J. M. (2000). « The effect of roads and traffic on hedgehog (Erinaceus europaeus) populations ». Biological Conservation, vol. 95, n°1, p. 111–116.
  • Zacharopoulou Maria, Guillaume Elise, Coupez Guillaume, Bleuart Céline, Le Loc’h, Guillaume & Gaide, Nicolas (2022). « Causes of Mortality and Pathological Findings in European Hedgehogs (Erinaceus europaeus) Admitted to a Wildlife Care Centre in Southwestern France from 2019 to 2020 ». Journal of Comparative Pathology, vol. 190, p. 19– 29.
  • Gazzard, Abigail & Rasmussen, Sophie Lund (2024). « Erinaceus europaeus ». The IUCN Red List of Threatened Species 2024.
  • Picardie Nature (2025). « Bilan Un mois – Une espèce : Le Hérisson d’Europe », données de l’enquête septembre- octobre 2025.
  • Fieschi-Méric Léa, Van Leeuwen Pauline, De Bruyckere Sofie, Vervaeke Mieke, Pasmans Frank, Martel An (2026). « Diet Metabarcoding Reveals Correlations Between the Consumption of Slugs and Hepatic Toxicants in European Hedgehogs (Erinaceus europaeus) ». Integrative Zoology, vol. 21, n°4, p. 888–899.
  • Source complémentaire utilisée pour l’enrichissement : France Nature Environnement, Parler du hérisson et de la biodiversité, fiche mémo, juillet 2024.

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